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Dans les rues sinueuses de l’Écusson, une unité Sentinelle en patrouille ne passe pas inaperçue. Issus d’un régiment parachutiste situé dans l’ouest de la région Occitanie et mandatés pour une durée de deux mois à Montpellier, les bérets rouges effectuent cette mission avec la même rigueur que celle qu’ils réservent aux opérations extérieures. Dans la rue de l’Université, ils attirent l’attention des clients attablés en terrasse ou la curiosité d’un marchand de journaux qui demande de quel régiment il s’agit cette fois. Marie, pâtissière, dit les voir tous les jours derrière sa vitrine et s’y être habituée.

Sur réquisition du préfet, les militaires de l’armée de terre interviennent sur le territoire national, où les rassemblements de population pourraient constituer une cible à d’éventuelles attaques terroristes.
Plusieurs mois après l’équipement de la place de la Comédie de plots de béton et l’interpellation de quatre Montpelliérains soupçonnés de vouloir commettre un attentat « imminent » sur le sol français, la ville demeure dans la liste du dispositif Sentinelle qui comprend notamment Toulouse, Perpignan, et Sète. Selon le capitaine Grégoire, affecté à l’état-major de la zone de défense et de sécurité sud : « Le rythme des patrouilles varie en fonction des besoins. Dans une ville étudiante comme Montpellier, il est forcément adapté. » Suivant cette logique, la vie piétonnière et nocturne du centre-ville induit une vigilance plus aiguë que dans les communes voisines. Une particularité que note aussi le capitaine Charlotte, à la tête de son unité : « Les étudiants constituent une population qui vit davantage dehors, qui tend à se rassembler devant les facultés, les bars et qui est donc plus particulière à protéger. »

à l’approche des festivals et grands événements estivaux, les cycles de projection continuent dans le sud de la France. « Il n’y a pas de distinction sur la nature de l’événement. C’est le volume de population, la configuration du lieu avec la reconnaissance et la menace présente qui déterminent l’intervention de patrouilles Sentinelle, en appui des forces de sécurité intérieures. Les événements sportifs, les journées du patrimoine et d’autres exemples de rassemblement de cette envergure sont surveillés à Montpellier. Et quand cela est nécessaire, il arrive que l’on supprime le jour de quartier libre de l’unité », poursuit avec prudence le capitaine Grégoire, qui ne peut révéler le nombre exact d’hommes réellement engagés sur le terrain au quotidien pour chaque mandat de deux mois.

Sous les yeux des Montpelliérains qui ne voient plus de militaires depuis le déménagement de l’école d’artillerie et d’infanterie (EAI), le dispositif Sentinelle, qui ne répond pas au même commandement que celui des forces de l’ordre auquel il vient en appui concernant la protection de la population, a adapté son mode d’action. « Au début de Sentinelle, les patrouilles étaient davantage statiques, explique le capitaine Charlotte. Entre-temps, elles ont été adaptées en fonction de la menace terroriste et sont devenues dynamiques. Il est impossible de s’installer dans l’habitude. » En coordination avec le groupement tactique et le chef d’unité, chaque voiture, poubelle ou obstacle jalonnant le parcours de la patrouille est inspecté. Un mode d’action qui rassure autant qu’il demeure tabou chez les acteurs de la vie culturelle, peu enclins à discuter de ce sujet qui les préoccupe pourtant : « Un attentat peut foutre en l’air un festival ou un événement culturel. Après le Bataclan, l’ambiance était sinistre et les gens n’osaient plus sortir. C’était mauvais pour la fréquentation des concerts à venir. La présence de l’armée dans la ville rassure, tant mieux pour tout le monde. C’est pas très vendeur de parler sécurité, c’est mieux quand ça reste invisible », confie un jeune DJ qui tient à rester anonyme, sous sa veste achetée dans un surplus militaire. Une explication ambiguë qui traduit tout le paradoxe relié à Sentinelle. Pour Gregory, organisateur de spectacles qui dans le sud de la France (notamment Jazz à Sète), les choses sont différentes, plus respectueuses : «On n’est pas en contact direct avec eux. Je n’en vois pas d’ailleurs pas au Zénith. A Marseille, oui, au Dôme. Mais c’est plus les salles qui gèrent.» Le capitaine Charlotte résume en un soupir : « Ici, on a l’impression que les gens sont indifférents à notre présence, que c’est un dû. Mais on est là car on a choisi de s’engager pour la protection de la France et Sentinelle y participe. »

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