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Y a-t-il des enjeux architecturaux spécifiques à la région Occitanie ?
Pour répondre à la question, il faut comprendre ce qu’est la région Occitanie. Et elle a une caractéristique extrêmement puissante, c’est la liaison entre le patrimoine et la modernité. Cette région, c’est un livre d’Histoire ouvert sur tout le parcours de l’humanité. Depuis Tautavel jusqu’à Pierre Soulages, vous avez 500 mille ans d’histoire sous vos yeux. À Bruniquel, en Tarn-et-Garonne, une équipe de la Drac a fait une fabuleuse découverte, l’année dernière : des constructions humaines du Néandertalien ancien, un âge considéré comme frustre et incapable de création. Certes, il s’agit de la préhistoire de l’architecture. Mais l’on voit bien notre territoire, partout, tire sa spécificité de cette alliance entre le patrimoine, l’histoire et la création – et dans la création, la création architecturale. On répertorie 4 500 édifices inscrits ou classés dans la Région, bien répartis sur l’ensemble des départements. À souligner : 20 % des sites inscrits à l’Unesco sont dans la Région. L’enjeu est clair !
Une étude présentée lors Premières Rencontres régionales pour la culture et le patrimoine* montrait que l’on s’est plus intéressé au patrimoine dans l’ex-Région Midi-Pyrénées que dans l’ex-Languedoc-Roussillon, où les arts vivants sont mieux défendus…
Pourquoi chercher des oppositions là où il n’y en a pas ? La notion de patrimoine, c’est quoi finalement : ce que les anciens ont légué, ce que des générations avant nous ont transmis, et ce que nous, désormais responsables de ces acquis, allons léguer à ceux qui viendront après nous. En y ajoutant la création architecturale contemporaine.
Ces premières créations que vous évoquez jusqu’aux ultimes, comme le musée Soulages, posent des questions très contemporaines, comme celles du changement climatique, par exemple. Comment fait-on pour préserver le patrimoine et répondre à ces enjeux ?
C’est un vrai sujet. Les approches que l’on a sur les bâtiments anciens et ceux que l’ont construit aujourd’hui sont évidemment très différentes. On l’a vu au moment de l’application des lois : certains bâtiments ne peuvent pas être isolés par l’extérieur.
Pour les châteaux forts, ça semble en effet un peu délicat !
à cela s’ajoutent les questions liées à l’accessibilité. On s’adapte. Il y a l’esprit de la loi – évidemment, on l’applique – mais dans cette application, il faut du discernement.
Le design est une forme d’architecture, or il est question ici de créer une école de design à Montpellier. Où en est-on ?
La notion d’architecture est une notion qui est large et le design y participe. L’article 1er de la loi de 1977 est : « L’architecture est l’expression de la culture. » Dans l’expression de la culture, il y a aussi l’expression de l’imaginaire des créateurs, et donc évidemment le design. Pour l’école, je ne connais pas précisément le projet dont il est question, mais dans notre région, il y a peu de formations sur le design par rapport à ce qu’il peut y avoir dans d’autres régions, et dans ce contexte, un tel projet peut avoir du sens. Il y a le design mais aussi le design d’espace et les écoles d’art sont souvent depuis longtemps engagées dans l’écriture de l’espace. Plutôt sur un volet artistique et moins sur un côté architectural, c’est pour ça que les croisements sont nécessaires
Quels éléments parmi ce mois de l’architecture souhaitez-vous mettre en avant ?
D’abord, il s’agit du premier mois de l’architecture Occitanie, qui prend le relais de cette manifestation mise en place il y a quatre ans par la Drac Languedoc-Roussillon. Je rends hommage à mes prédécesseurs, et à Véronique Cottenceau qui assure le lien. À souligner également : la mobilisation de la grande région autour de l’événement : les deux écoles d’architecture, les maisons de l’architecture, les conseils d’architecture d’urbanisme et d’environnement (CAUE), les architectes conseils… La disparition des frontières anciennes permet de générer une dynamique nouvelle.
Est-ce un catalyseur du rapprochement des services de deux anciennes Régions ?
En effet. Cette manifestation permet aussi de se mettre en cohérence avec les journées de l’architecture mises en place par le ministère et programmées en automne. En fait, ce mois de l’architecture qui démarre se prolongera jusque-là avec une clôture prévue à la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon sur le thème « éclairer ». Encore une fois, ce mois de l’architecture donne une dynamique nouvelle. Ce sera également pour nous l’occasion de fêter les 40 ans du décret qui a créé la DRAC, ainsi que l’entrée en vigueur de la loi relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine promulguée en juillet 2016. Ses décrets d’application ont été publiés entre le 28 et le 30 mars 2017. C’est tout frais. 40 ans : l’âge de la maturité !
Malgré cette maturité, les lotissements, ronds-points, centres commerciaux de tôles en entrée de ville… continuent d’être créés, dans les petites communes notamment. Et d’être vivement critiqués.
Sur les lotissements proprement dits, je vous renvoie à l’excellente disposition qui figure désormais dans la loi : elle impose le recours à l’architecte dès que la parcelle dépasse 2 500 m2. Ce n’était pas le cas avant. C’est une réponse concrète, nécessaire, qui aurait mérité d’être votée il y a trente ou quarante ans, pour éviter cette uniformisation, banalisation. On se souvient en effet de cet article célèbre : « Comment la France est devenue moche ? » [NDLR : Télérama du 13 au 19 février 2010 – n° 3135]. Dans notre région, c’est extrêmement dommageable. Même les plus petits villages, là où on s’attendrait à ce qu’on fasse attention, sont touchés. Avec comme conséquences un dépeuplement des centres anciens et leur paupérisation. C’est pour y remédier que nous faisons partie des trois régions expérimentales retenues par la mission d’Yves Dauge visant à faire revenir la population, la vie, dans les centres anciens. Six villes ont accepté de jouer le jeu avec nous : Lauzerte (82), Lodève (34), Figeac (46), Villefranche-de-Rouergue (12), Pont-Saint-Esprit (30) et Mende (48). À Villefranche de Rouergue, nous venons de terminer une session, avec la présence d’architecte sur le terrain pendant une semaine complète. L’idée est d’avancer sur des projets répondant à une demande forte de la population : habiter dans des conditions de luminosité, d’éclairage, d’isolation, avec des commerces, qui soient celles des standards d’aujourd’hui. Et en même temps, concernant les règles d’urbanisme – qui ne sont pas une compétence de la Drac –, on œuvre autant que possible pour éviter les prescriptions qui ne respectent pas les territoires sur lesquels elles agissent. [Ces questions-là sont traitées lors du mois de l’architecture. Elles sont abordées lors des débats organisés sur les nouveautés introduites dans cette loi et pour parler de ce qui reste améliorable – cf programme]
La Drac est à l’initiative mais n’organise pas toutes les manifestations ?
La force de cette manifestation, c’est que la Drac est un facilitateur d’initiatives ; il y a 120 acteurs… Il y a une vraie adhésion au mois de l’architecture. L’attribution du prix Pritzker(2) à RCR pour le musée Soulages ou encore la réhabilitation par ce même acteur d’un château en ruine en centre d’art dédié à la cuisine, à Nègrepelisse, une petite commune du Tarn-et-Garonne devrait la stimuler. n
Propos recueillis par Fabrice Massé le 21 avril à la Drac, hôtel de Grave, Montpellier.

(1) À Labège, le 13 décembre 2016, à l’initiative de la Région.
(2) Le Pritzker est souvent décrit comme le prix Nobel de l’architecture.

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