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Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de la métropole, a tranché. Pour devenir « un symbole, un signe urbain fort à la hauteur de l’ambition européenne de Toulouse », le gratte-ciel de 150 m qui s’élancera près de la gare de Matabiau à l’horizon 2022 devra franciser son nom : Tour Occitanie et non Occitanie Tower comme prévu à son lancement, en mars 2017. Pas sûr toutefois que cela suffise à convaincre les Toulousains. La tour Bretagne de Nantes, 144 m et déjà vénérable quadra, en sait quelque chose. Inaugurée en 1976, la même année que la sortie du film La Tour infernale, elle a eu bien du mal à convaincre les futurs propriétaires de s’y installer. Si bureaux et logements ont depuis trouvé preneurs, c’est la présence de fibres d’amiante qui accable désormais ses occupants. Porter le nom de sa région n’a pas changé grand-chose. Désormais, l’impact sur l’environnement est regardé à la loupe.

Certes, avec son ruban végétal en spirale donnant l’illusion d’une continuité avec le canal du Midi, le geste architectural de la tour Occitanie ne manque pas d’atours. Dessiné par le célèbre architecte Daniel Libeskind à qui l’on doit le plan directeur du World Trade Center et le musée juif de Berlin notamment, le gratte-ciel sera bâti par la Compagnie de Phalsbourg. Et les réalisations et les projets de ce promoteur avec d’autres grands noms de l’architecture ne sont pas vilains non plus. Épaulée par la très expérimentée agence toulousaine Kardham Cardete Huet et de l’architecte paysagiste Nicolas Gilsoul, la dream team créera 11 000 m² de bureaux, 100 à 120 logements, un restaurant-bar panoramique aux deux derniers niveaux. Dans le socle de la tour prendront place un hôtel Hilton, 2 000 m² de commerce et des locaux SNCF tandis que les 7e et 8e étages accueilleront un jardin public, un restaurant avec piscine et spas. L’ensemble composera un chef-d’œuvre verdoyant d’une surface de 30 000 m².

Défaut de communication
Hélas, ce paysage vertical qui changera radicalement la silhouette urbaine de la ville n’a pas l’heur de plaire au collectif qui dit « non au gratte-ciel de Toulouse » et dont Richard Mebaoudj est le porte-parole : « C’est d’abord le déni de démocratie qui nous a choqués. On a appris le lancement de ce projet par la presse », explique celui qui a vécu dans son enfance au pied de la tour Montparnasse. « On a l’impression d’avoir été manipulé » Une maladresse de communication de la part de M. Moudenc ? « Non, il s’agit d’un projet privé », non soumis aux règles d’un édifice public, répond la mairie, qui a tout de même revu son plan local d’urbanisme tout exprès. Malheureusement, dans le document fourni à la commission d’enquête publique, la hauteur du bâtiment n’était pas indiquée (lire interview d’Annette Laigneau), une absence que le commissaire enquêteur a lui-même pointée tant elle est en effet une information importante. « Une concertation approfondie sera conduite pour que les Toulousains, et les riverains du site en particulier, soient associés au projet, dans une démarche d’écoute et de pédagogie », tente de rassurer après coup le maire. Mais la pédagogie et l’écoute seront-elles réciproques ?
Car les griefs du collectif portent sur d’autres aspects : « Les risques de gentrification de ce quartier populaire, la hausse de loyer que cela va entraîner et, à terme, les expulsions probables. » Dans l’ère post 11 septembre, « sans être parano, les risques d’attentats on y pense, avec la gare à côté », s’inquiète M. Mebaoudj.

Également membres du collectif, les Amis de la Terre objectent que « d’un point de vue environnemental, par son rapport entre surface et hauteur, un IGH [immeuble de grande hauteur] est un gouffre énergétique à entretenir ». Un argument qui devrait faire débat ; le caractère énergivore des tours étant désormais contestable. Comme tous les bâtiments neufs, la tour Occitanie sera soumise à la réglementation thermique 2012 qui lui impose la basse consommation. Certes, elle ne sera pas à énergie positive alors que cette règle devrait s’appliquer dès 2020. D’un gratte-ciel qui doit être «un symbole, un signe urbain fort » et porter le nom de la Région qui entend être la première à « énergie positive à l’horizon 2050 », on peut le regretter. Mais la Région n’y est pour rien. Cette non-anticipation « positive » de la part des promoteurs du projet pourrait par contre être portée au passif de Toulouse Métropole ; si elle s’ajoutait au défaut de communication lors de l’enquête publique, elle pourrait être interprétée comme un manque d’ambition écologique.

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