Éditorial 53

Par Fabrice Massé

«

La création artistique est libre

»

Je marche donc je suis

Quarante ans après son apparition, la loi architecture se métamorphose. Par nouveau libellé qui en dit long sur les intentions du législateur, « liberté de création, architecture et patrimoine » (CAP), et un article 1er plus clair encore : « La création artistique est libre. »

En démocratie, l’avènement de cette loi passerait presque inaperçu tant les principes qu’elle pose semblent évidents. En ce contexte électoral 2017, on constate toutefois que les choses peuvent s’avérer plus fragiles qu’on ne l’imagine. À l’heure où ces lignes sont écrites, on ne sait pas encore qui d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen sera élu à la présidence de la République. Mais à coup sûr, on ne peut que se réjouir qu’une loi réaffirme avec vigueur de telles valeurs à la veille d’un tel scrutin.
Quoi qu’il advienne, artistes, architectes, créateurs seront désormais mieux protégés, et avec eux la République tout entière.

Mais si la loi « CAP » est une avancée significative à bien des aspects – notamment en préservant les territoires des soi-disant aménageurs qui ont défiguré les entrées de ville par des lotissements sans âme et des zones commerciales et artisanales hideuses –, elle ne change rien au nécessaire combat qu’il faut mener au quotidien pour défendre cette liberté de créer qui nous est si chère.

À leur manière, toutes les personnes citées dans le présent magazine sont des architectes de la démocratie. Par ordre d’apparition : Carole Delga, présidente de la Région, et Gérard Onesta, président du bureau de l’Assemblée régionale, qui innovent dans le fonctionnement institutionnel de la Région ; Philippe Saurel, président de Montpellier Métropole, en rappelant à la faveur d’une conférence de presse son attachement au théâtre et son rôle déterminant pour la démocratie ; le collectif #Mavoix qui expérimente une nouvelle forme d’expression démocratique ; l’armée française (opération Sentinelle) qui lutte contre la menace obscurantiste ; Laurent Roturier, directeur régional des Affaires culturelles, qui étend à la grande Région ce mois de l’architecture pluridisciplinaire ; Hervé André-Benoît, directeur du Fise, qui exporte sa fougue joyeuse partout dans le monde, y compris là où l’on ne rit pas beaucoup ; Jean Varela, directeur du Printemps des Comédiens, dont la programmation 2017 est nettement axée sur le thème de la démocratie ; Lucinda Childs, Dado, Bertrand Riou, Les Formicables… et tant d’autres présents également dans ces pages dont l’œuvre illumine le monde ou le quartier. Tous contribuent à l’effort de paix, et joyeusement autant que possible !

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, résistante et militante célèbre des droits de l’homme, l’affirmait : « En démocratie, il n’y a pas de point d’équilibre, il n’y a que des progrès possibles. »
« Je marche donc je suis » rappelle quant à lui le galeriste nîmois Bertrand Riou, citant le philosophe Pierre Gassendi dans un texte qui présente son exposition Explore. « Se déplacer, faire l’expérience de la marche dans des montagnes proches ou des contrées éloignées, c’est aussi penser et ressentir d’une manière différente l’écoulement du temps. Explorer, c’est également vouloir comprendre le monde. »
Être en marche, pour l’heure, est bien la seule façon d’avancer, en effet.