Éditorial 60

Par

«

Les Français ont clairement exprimé, plus que leur envie, leur besoin d’agir.

»

Demain

Dans un exercice prospectif, et surtout par une contrainte de délai, un premier jet du présent éditorial a été rédigé avant que président de la République s’exprime, le10 décembre. La lecture de la situation qu’on pouvait avoir, ici, dans cette page, serait-elle conforme à celle du Président ? La réponse fut oui, à peu de choses près. La voici :

« À l’heure où nous bouclons, le président Macron ne s’est encore exprimé sur les suites qu’il entend mettre en œuvre pour clore la révolution des gilets jaunes. Oui, la révolution.

Quoi qu’il dise, s’engage à faire, quelle que soit la sincérité que les gilets jaunes pourront déceler dans son allocution, son nom a été trop conspué sur les ronds-points et sur les Champs-Élysées pour que le modèle politique qu’il incarne, vertical, ruisselant, oligarchique, résiste encore longtemps. Au pays des droits de l’homme, de la Sécurité sociale et des Accords de Paris sur le climat ; à l’heure des réseaux sociaux et du malaise identitaire, s’accommodera-t-on à ce qu’un président de la République, a fortiori celui-ci, achète la paix sociale en gonflant un peu plus le déficit public, déjà exorbitant, leur dit-on ?

Il faudra plus que ça. Et c’est bien là tout le problème. Partout on l’entend, on le lit : la crise est multifactorielle, et institutionnelle.
Les Français brûlent d’envie d’agir et ceci depuis des décennies, mais aucune instance n’est apte à recueillir leur énergie. Les syndicats ne mobilisent plus – ils ne sont d’ailleurs plus écoutés –, les partis politiques ont disparu, discrédités, et alors que seul le cadre associatif était en mesure d’apaiser un peu ce désir d’action, le gouvernement l’a affaibli en supprimant les emplois aidés. Même les maires expriment leur frustration.

Oui, le modèle jupitérien de la Ve République est bien à bout.

Alors, supposons… Imaginons que le président de la République ait bien entendu, comme il l’affirme, les doléances des gilets jaunes. Quel message serait-il en mesure de porter qui puisse remettre le pays… en marche ?

1- Il fera amende honorable ? S’excuser des nombreux dérapages qui ont émaillé la première partie de son mandat. S’excuser aussi de sa méthode, le manque d’empathie, de concertation ou de sincérité de certaines décisions (baisse des APL, taxe sur les carburants, limitation à 80 km… ).
2- Il rectifiera ses erreurs ? Par la mise en œuvre des mesures franches, immédiates, que compensera la baisse des faibles revenus, notamment ceux des retraités et des 75 % d’automobilistes piégés par les réalités économique, territoriale et environnementale.
3- Il fixera enfin un cap ? Celui de la transition écologique de la société et plus seulement cette course vaine pour retrouver la croissance. La convergence des manifestations des gilets jaunes et de celles pour le climat, samedi 8 décembre, a démontré, s’il le fallait, que ce projet fait consensus. Il est d’ailleurs le seul qui vaille. Le film Demain, programmé sur France 2 la veille, en trace les différents chemins.
4- Il définira un nouveau modus operandi ? Les Français ont clairement exprimé, plus que leur envie, leur besoin d’agir. Attendre d’hypothétiques jours meilleurs, alors que le monde étouffe sous ses inégalités, sa pollution et qu’il y a urgence, n’est pas seulement frustrant : c’est irresponsable, culpabilisant, intolérable.
Pour mobiliser, organiser et catalyser l’énergie des Français qui s’expriment, le président doit leur confier enfin le soin de rédiger l’acte 4 de la décentralisation, laissant plus d’autonomie aux collectivités locales et au parlement. Restaurer l’écosystème politique français, son cadre démocratique, permettra l’émergence d’une (bio)diversité de modèles complémentaires aux différentes échelles du territoire. C’est sans doute le meilleur levier pour réussir la transition écologique, sociale et économique dans les délais qui nous sont impartis.

Car il y a peu de chance que le supposé amour des Français avec leur monarque se réveille.»