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Trois ans après la mort de l’artiste monténégrin Miodrag Djuric, dit Dado (1933-2010), sa « chapelle Sixtine sérignanaise » est sauvée. La toiture de la cave de l’ancien domaine viticole de Orpellières qu’il avait investie entre 1994 et 1999 est entièrement refaite. La pluie, le vent, les rongeurs, les oiseaux, leurs excréments ne dégraderont plus les peintures murales et immenses sculptures-objets du peintre, dessinateur, graveur et sculpteur yougoslave.

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Fallait-il sauver cette trace artistique ? La question peut paraître saugrenue. Pourtant elle doit être posée car son auteur Dado avait choisi de créer une œuvre vouée à disparaître en raison de l’environnement salin et de la précarité du bâtiment. Une expérience qu’il a ensuite renouvelée dans un blockhaus à Fécamp et dans une chapelle, ancienne léproserie, à Gisors.

Entre la Seconde Guerre mondiale et jusque dans les années 80, date de son acquisition par le Conservatoire du littoral, ce domaine viticole situé en bord de mer est laissé à l’abandon. Bâtiments et terres attirent le camping sauvage et les adeptes du naturisme, séduits par 2,5 km de plage de sable fin et ses dunes. Graffitis et tags recouvrent les murs. Du moins ceux qui ont résisté au temps. Notamment la grande cave, avec ses cuves en béton que « revisitera » Dado durant six ans. Il a été invité dans ce lieu insolite par un passionné d’art contemporain, Robert Gélis, alors maire de Sérignan.

C’est donc sur cette arrière-plage du littoral biterrois, à l’embouchure de l’Orb que l’artiste résidera régulièrement. Il poursuivra l’œuvre du temps qui passe sur ce lieu, avec ses graffitis et autres dégradations en créant in situ des fresques et des installations monumentales et évolutives. Lorsqu’il pose ses valises, le toit et les quelques ouvertures de la cave sont en bon état. Il lui arrive même de dormir dans ce lieu qui est devenu son atelier de la Méditerranée. Le reste du temps, il vit à Pontoise où il s’est installé en 1956 après des études aux Beaux-Arts de Belgrade. Arrivé en France, il est repéré par Jean Dubuffet.

Le travail sérignanais de Dado raconte l’horreur de la guerre qu’il peint, sculpte, exorcise pour l’avoir vécue enfant dans son village natal du Monténégro. Réalisée à partir d’objets récupérés, savamment assemblés, l’œuvre met en scène corps, animaux, squelettes, lits d’internat, poupées et autres objets mutilés, tronçonnés, sans âme, qui déambulent dans une fantasmagorie multicolore macabre. Elle prend aux tripes, soulève cœurs et estomacs des rares visiteurs.
De petits lits d’enfants alignés, sans matelas, recouverts de têtes de poupées déchirées, aux yeux crevés, de crânes d’ovins posés sur des valises éventrées qui s’ouvrent sur des carcasses de voitures pendues par des poulies au plafond, côtoyant deux planches suspendues, représentant chacune un enfant pendu… Bref, une scène apocalyptique après bombardement, que le temps, sorte de voile de vie posé sur l’œuvre, va altérer peu à peu, la transformant chaque jour, la rendant unique, à chaque seconde.

« Malgré cet aspect sinistre de premier abord, l’œuvre de l’artiste est particulièrement vivante et d’une grande technicité. On notera la maîtrise des transparences, des contrastes dans la gamme chromatique, le détail de l’anatomie », explique Andréas Alberti, référent patrimoine de la Ville de Sérignan. « Dado emprunte à l’univers cauchemardesque de Jérôme Bosch, aux personnages torturés de l’artiste Renaissance Piero Di Cosimo, mais aussi à l’expressionnisme d’Otto Dix ou bien encore la déliquescence des corps de Dali ou d’un Francis Bacon. Dans tous les cas, une œuvre qui s’inscrit dans la démarche des ready-made de Marcel Duchamp et des compressions de César. »

Mais l’âge et la fatigue pèsent de plus en plus sur les épaules de Miodrag Djuric. Les portes de son monde tragique se referment en 2000. Plus tard, les outrages du temps viennent à bout de la toiture, et les intempéries menacent de transformer la mort lente souhaitée par Dado en une mort foudroyante.

Cependant en 2013, la mairie de Sérignan stoppe cette menace en restaurant le toit des Orpellières. Dans la foulée, la communauté d’agglomération Béziers-Méditerranée, qui cogère le site avec les communes de Sérignan et Valras, en collaboration avec le Conservatoire du littoral et d’autres partenaires institutionnels, mène un projet de valorisation (lire encadré).

Les murs de la cave de Dado seront conservés en l’état, comme témoins des effets du temps sur les réalisations humaines. Des travaux ponctuels de sécurisation et de consolidation du mas seront réalisés, ainsi que la mise en lumière du travail de Dado.
Fragile par essence et par la volonté de son auteur, cette création inclassable est protégée en attendant la mise en œuvre du projet de valorisation*.
Reste une question essentielle : Dado aurait-il souhaité qu’un nouveau toit recouvre sa réflexion sur le temps qui efface, jusqu’à l’horreur de la guerre ? n

* Visite des Orpellières et du travail de Dado, les mardis et jeudis de jullet à septembre (9h30) sur place (fléchage à partir de l’entrée de Sérignan-les-Plages, en direction du camping Sérignan Nature). Tarifs : 6 €/adulte et 4 €/enfant de + 6 ans, demandeurs d’emploi, étudiants. Durée 2 heures. Plus d’infos auprès de l’office de tourisme Béziers Méditerranée au 04 99 41 36 36. Contact : accueil.tourisme@beziers-mediterranee.com
Béziers Agglo et Conservatoire du littoral unis pour une Maison de site des Orpellières

ancien domaine viticole des Orpellières pourrait retrouver une seconde vie.
L’Agglo et le Conservatoire du littoral, propriétaire du domaine, se sont unis pour monter le projet de construction d’une Maison de site des Orpellières sur les thèmes : l’art contemporain (en association avec le Musée régional d’art contemporain de Sérignan) et l’écotourisme.
Les bâtiments, en ruine, qui font face au mas (où se trouve la cave viticole), vont être démolis. En lieu et place, s’érigera la Maison de site. Elle devrait accueillir des expositions, des scolaires, sensibiliser le public à l’environnement et à la fragilité du site, présenter l’histoire et l’évolution des Orpellières…
Le château d’eau, juste à côté, sera aménagé pour offrir un point de vue panoramique d’exception aux visiteurs. Quant au mas, il aura droit à des travaux de consolidation, sécurisation et d’éclairage.

 

Béziers Agglo et Conservatoire du littoral unis pour une Maison de site des Orpellières

L’ancien domaine viticole des Orpellières pourrait retrouver une seconde vie.
L’Agglo et le Conservatoire du littoral, propriétaire du domaine, se sont unis pour monter le projet de construction d’une Maison de site des Orpellières sur les thèmes : l’art contemporain (en association avec le Musée régional d’art contemporain de Sérignan) et l’écotourisme.
Les bâtiments, en ruine, qui font face au mas (où se trouve la cave viticole), vont être démolis. En lieu et place, s’érigera la Maison de site. Elle devrait accueillir des expositions, des scolaires, sensibiliser le public à l’environnement et à la fragilité du site, présenter l’histoire et l’évolution des Orpellières…
Le château d’eau, juste à côté, sera aménagé pour offrir un point de vue panoramique d’exception aux visiteurs. Quant au mas, il aura droit à des travaux de consolidation, sécurisation et d’éclairage.

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